Des larmes et des fleurs

Julie essuie ses larmes, fixe le bouquet de lys. Des blancs, les préférés de sa grand-mère.
Ma petite mamie, tu en mettais dans le salon.
Le prêtre les invite à s’assoir.
— Seigneur, Dieu des vivants, toi qui appelles à la vie les corps soumis à la mort, accueille aujourd’hui l’âme de Marguerite…
Elle serre la main de sa cousine.
Ma petite mamie, c’est Aude qui a fait le bouquet de marguerites. Elles sont magnifiques.
… qu’elle connaisse près de toi la joie véritable…
Je m’en veux tellement de ne pas avoir été près de toi ces derniers mois.
… Au village, tout le monde connaissait Marguerite. On l’appréciait pour sa gentillesse, sa gaité…
Ma petite mamie, tu étais tellement plus. Tu m’as sauvé du désespoir quand maman est morte. Je voudrais leur parler de la beauté de ton sourire, de la douceur de tes caresses, de la force de notre amour. J’ai peur que ça sonne faux, j’ai choisi ce poème de Victor Hugo. Je ne peux pas imaginer que toi aussi tu sois partie. Tu te souviens quand tu me prenais sur tes genoux ? Quand on chantait « Il y a le ciel, le soleil et la mer… »
Le prêtre fait signe à Julie d’avancer vers le pupitre. Les pieds de sa chaise grincent sur les pierres de granit. Son regard glisse sur le cercueil, elle voudrait le caresser, mais elle a peur de ne plus pouvoir s’en détacher
Elle déplie la feuille qui tremble entre ses mains. Les larmes brouillent sa vue, ce n’est pas grave, elle le connaît par cœur. Elle prend une grande inspiration, peu à peu les mots emplissent l’église :
— Le soleil s’est couché ce soir dans les nuées.
Demain viendra l’orage, et le soir, et la nuit ;
Puis l’aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ;
Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s’enfuit !


Quelques années plus tard

Vous n’arriverez pas à avoir d’enfant sans faire une FIV.
La voix de la gynécologue tourne en boucle dans la tête de Julie. Des heures qu’elle essaye de trouver le sommeil. Maxime dort paisiblement.
Ma petite mamie, après l’opération, j’ai cru que tout rentrerait dans l’ordre, mais ça continue. Des mois que j’essayais de tomber enceinte. Endométriose sévère ! J’étais persuadée qu’après avoir enlevé le kyste, tout redeviendrait normal.
Julie se tourne sur le côté.
Je suis arrivée à ce rendez-vous pleine d’espoir, je pensais que c’était une formalité, les résultats de mes examens étaient bons. J’ai bien vu que quelque chose clochait, ma position dans le sofa en cuir mou qui s’enfonçait, la médecin me dominant, l’angle du bureau qui m’arrivait au niveau du visage. J’aurais dû comprendre à qui j’avais à faire, mais je voulais tellement y croire. Pourquoi elle était si agressive ? Pourquoi je n’ai pas eu le courage de partir ? Je me sentais comme une mauvaise élève.
Julie essuie ses larmes.
Endométriose sévère ! Je ne pourrai pas avoir d’enfant. Enfin, il faudrait que je fasse une fécondation in vitro. Imaginer les biologistes en blouses blanches avec leur pipette, les boites de pétri, me terrifient. Avoir besoin de médecins pour la chose la plus simple qu’il soit donnée à une femme. Les laisser intervenir dans mon intimité, supporter leurs regards condescendants, leurs remarques humiliantes. C’est est au-dessus de mes forces.
Endométriose, je te hais.
Elle se lève.
Ma petite mamie, qu’est-ce que je dois faire ?
Elle ouvre la fenêtre. Pas de lune. L’air glacial brûle ses yeux gonflés de larmes.
Tu te souviens, quand je jouais avec Aude, j’étais toujours la maman des poupées. Je voulais avoir quatre enfants comme toi. Je veux devenir maman, je le sens très profond, dans mon cœur, mon ventre.
L’horizon s’éclaircit, se colore de rose pâle. Le jour va bientôt se lever.
Quelque chose ne va pas avec mon ventre. Quelque chose de cassé ? Qu’est-ce que j’ai fait ? La pilule, mon alimentation, pas assez de sport ? Ça vient forcément de quelque chose.
Maxime la rejoint.
— On va trouver une bonne gynéco, cette fois-ci on ira ensemble.
Julie essuie ses larmes.
Maxime lui sert un verre d’eau.
— C’est comme ce qui est arrivé à ma grand-mère. Elle allait régulièrement chez son médecin parce qu’elle avait mal au ventre. Il ne la prenait pas au sérieux, il n’a jamais cherché à savoir ce qu’elle avait, ce qui pouvait causer ses douleurs qui ne disparaissaient pas. Un jour, le médecin était absent, Marguerite a consulté son remplaçant, il l’a envoyé faire des radios et des examens sanguins. Le cancer était tellement avancé qu’on lui a enlevé la quasi-totalité de l’estomac.
Julie fond en larmes.
— Elle a survécu de justesse. Je pense qu’elle s’est battue pour moi. J’avais déjà perdu ma mère. Après son opération, elle allait tous les étés à Lourdes, elle m’avait dit que c’était l’Église qui payait le voyage. Comme elle parlait tout le temps de miracle, j’ai cru que c’en était vraiment un. Elle me disait qu’elle était une miraculée de l’amour.
Maxime la prend dans ses bras.
— On va l’avoir ce bébé.

Julie s’installe sur le fauteuil, pose son bras sur le gros accoudoir pour que l’infirmière lui fasse une prise de sang.
Ma petite mamie, au secours.
— Tout va bien, il faut que vous vous détendiez.
J’ai cru que c’était bon. Après tant d’essais, le taux d’hormones était enfin positif. Je me sens tellement incapable.
L’infirmière la regarde tendrement, lui tend un mouchoir.
— Ça va aller, respirez, détendez-vous. Vous êtes tellement crispée que le sang ne coule pas.
À l’échographie on aurait dû voir une petite poche dans mon utérus. La gynécologue est inquiète, le taux d’hormones bas, les maux de tête, c’est peut-être une grossesse extra-utérine. Il faudra faire un curetage, je ne sais pas ce que c’est, mais le mot est terrifiant. J’ai peur.

Julie est assise face à la gynécologue.
La médecin est de nature distante, mais elle fait de son mieux pour mettre de la tendresse dans ses gestes, sa voix.
— Je comprends que ce soit dur, mais c’est aussi bon signe. Peut-être qu’un embryon s’est accroché et n’a pas tenu.
Ma petite mamie, je n’arrive plus à y croire.
Le cabinet est chaleureux, décoré avec goût. Des faires parts de naissance décorent son bureau. La gynécologue la regarde avec douceur.
— La prochaine fois sera peut-être la bonne.
Incapable de tomber enceinte, la plus nulle de toutes.
Julie hoche la tête.
— Nous avons déjà fait quatre inséminations. Je vous propose, si vous êtes d’accord, qu’on essaye une fécondation in vitro. Je vais vous expliquer ce que c’est, ce que vous allez devoir faire. Mais avant de commencer ce protocole, vous allez faire une pause, je veux que vous vous changiez les idées. Partez en vacances, pensez à autre chose.
Julie est allongée sur son lit. La chaleur du printemps est étouffante. Quelques jours de repos en attendant le transfert de l’embryon.
Ma petite mamie, je veux croire que c’est bon, cette fois je vais être enceinte, je vais avoir un bébé. Je lui chanterai « Il y a le ciel, le soleil et la mer ». Je lui lirai plein de livres, je lui parlerai de toi, de l’amour qui fait des miracles.

Un an plus tard

Julie sort du cabinet de sa gynécologue. Elle fait partie des premières médecins à avoir pratiquée des fécondations in vitro, les parcours comme le sien, elle connaît. Il y a beaucoup d’autres femmes dans son cas, certaines n’arrivent jamais à avoir d’enfant.

Elle longe les parterres de fleurs.
Ma petite mamie, regarde comme les roses sont belles.
Elle ouvre la porte de son appartement, Andy est dans les bras de Maxime, il lui sourit, la regarde comme la personne la plus importante au monde. Elle le prend contre elle. Le petit corps chaud de son garçon sent si bon.
Il est là. Même après trois mois j’ai encore du mal à y croire. C’est un miracle. Tu avais raison, l’amour fait des miracles.
Elle essuie une larme de joie.

Je ne pouvais pas les quitter

Ils me prenaient par les sentiments, avaient toujours de nouveaux arguments contrant mes protestations.

Ils ne s’intéressaient jamais à moi, avec eux je n’existais pas.

Dès que je m’éloignais, ils me retenaient et me disaient que sans eux je n’étais rien, que loin d’eux je mourrais.

Il fallait sourire. Il fallait pleurer pour la circonstance. Il fallait souffrir tous ensemble. Et, à l’unisson, se battre jusqu’à l’épuisement contre des choses qu’on ne peut pas changer.

Il fallait s’offusquer de choses sans importance, prétendre de ne pas voir l’injustice. Il fallait toujours être sur ses gardes, toujours prêt à se battre.

Je ne pouvais pas m’éloigner. Au moindre pas hors des lignes, ils me rattrapaient. “Ne t’éloigne pas, reste dans le rang ou tu vas te perdre !”, m’avertissaient-ils.

Je rêvais de m’évaporer avec la rosée du matin. Quitter mon corps, me transformer en éther pour quitter cet enfer. Mais, toujours, avec ses premiers rayons, le soleil me figurait mon échec. J’haïssais sa majesté.

Il fallait montrer son impuissance. Il fallait fermer les yeux aux belles choses, s’en éloigner au plus vite, comme pourchassé par une malédiction.

Je voulais les quitter à jamais, mais toujours ils me retenaient. Ils étaient lents et étroits d’esprit. Chaque jour, des heures durant, ils s’abreuvaient de banalités pour alimenter leurs lamentations.

Ils marchaient la tête baissée, je fixais le sommet des collines, m’imaginant hirondelle, m’inventant des voyages au-dessus des nuages.

Je voyais défiler les sommets d’église, traversais un grand lac salé, me reposais au sommet d’un minaret, m’enfuyant vers l’est à l’appel du muézine, longeant des montagnes enneigées.

Je découvrais un jardin dans lequel trônait un mausolée où reposait un grand poète. Je fus d’abord attiré par l’éclat des pensées et des pois de senteur, je fus subjugué par l’odeur des fleurs d’oranger, n’ayant jamais vu une telle majesté.

Je décidais de ne plus jamais m’en aller. Je m’installais dans un cyprès.

Le matin, les touristes arrivaient par millier. Ils venaient se lamenter et pleurer. Je ne pouvais pas croire qu’on puisse être triste au milieu de tant de beauté. Je leur criais “Regardez autour de vous ! Réveillez-vous ! ”, mais rien n’y faisait.

Un jour, où je m’étais trop approchée, ils m’ont capturé. De l’aube au crépuscule, je les implorais de me libérer, mais toujours ils me retenaient.

Je voyais défiler des gens par millier, à tous ceux qui m’approchaient, je clamais mon innocence. Mais ils ne faisaient que passer pour aussitôt m’oublier.

Couleur menthe à l’eau

Evangile selon Saint Jean – Chapitre 1
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement en Dieu.
Tout par lui a été fait, et sans lui n’a été fait rien de ce qui existe.
En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes,
Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue.

Février 1983, Paris

Ça brille !
Julien s’approche.
Mon ballon.
Il jette sa tétine et son doudou pour mieux se concentrer. Il tend le bras, essaye de se hisse sur l’étagère. Trop loin, trop haut.
— Veux, veux.
— Julien arrête !
— Ballon Ju’ien.
— Julien arrête ou papa va s’énerver !
Julien regarde ses parents en train de prendre leur petit déjeuner. Sa mère se dirige vers lui, il tend la main, mais elle l’évite.
— Julien arrête !
Elle se dirige vers le grand meuble. Le transistor s’allume.
Elle était maquillée
Comme une star de ciné
Accoudée au juke-box

Elle repasse près de lui.
— Ballon Ju’ien.
Mais elle ne s’arrête pas.
Julien fait glisser sa petite chaise en bois sur le carrelage, ça fait beaucoup de bruit. Sa mère soupire. Il appui la chaise contre l’étagère, grimpe, tend le bras.

Elle semblait bien dans sa peau
Ses yeux couleur menthe à l’eau
Cherchaient du regard un spot
Le dieu projecteur

— Julien descend tout de suite, tu vas tomberrr !
— Ju’ien veux ballon.
Julien se grandir, tend le bras.
— Julien descend, tu vas tomberrr !
Il lève la jambe, l’appuie sur le dossier de la chaise, se penche encore un peu et réussit à toucher le ballon du bout des doigts, mais il bascule. Sa chute est ralentie par une pile d’objets qui tombe avec lui et s’étale sur le sol. Il entend des bruits de verre cassé, son épaule, sa tête heurte le sol. Il est un peu sonné, mais il n’a pas mal. Son ballon rebondit près de lui, il sourit. Il sent quelqu’un l’attraper, sa couche glisse sèchement sur ses cuisses. La main de son père claque sur ses fesses. La douleur monte dans son dos, ses joues, ses oreilles, tout devient rouge. Les larmes lui brulent les yeux, il hurle !
— Maman, maman.
Son père le retient par le bras.
— Arrête Julien, arrête ou je t’en mets une autre !
Il tend les mains vers sa mère., tire pour se libérer.
Le son de la radio monte.
Et le charme est tombé
Arrêtant le flipper
Ses yeux noirs ont lancé

— Maman, maman.
Maman, maman, pourquoi tu m’regardes pas ?
Son père le prend dans ses bras.
Julien hoquète.
— Tétine, tétine, doudou, doudou…

Julien est assis sur une chaise en bois, la pointe de ses pieds touche à peine le sol. Il joue avec une voiture sur la tablette qui referme la chaise. Un objet tombe à terre.
Ma tétine !
Il agite les jambes, pousse vers l’avant, remue à gauche, à droite, impossible de se dégager, la tablette le bloque. Trop loin !
— Mmm, mmm…
Il pleure.
Une petite main s’approche.
Ma tétine !
Il attrape la main et la mord.
L’enfant cri.
— Non Junain, ‘te’di’ mo’d ! Non Junian, répète l’enfant en pleurant.
Plusieurs visages entour Julien.
— Non Julain !
— Non Junen !
— ‘terdit mo’de !
— Méchant Julin !
Ses pieds, ses bras s’agitent, il voudrait les pousser, les mordre. Il hurle.
Malika le tire de la chaise et le prend dans ses bras.
— Julien, tu te rappelle il ne faut plus mordre les copains.
Il se débat, cri. La jeune femme le berce, fredonne jusqu’à ce qu’il se calme.

Julien joue avec une balle, Malika l’a sorti de la chaise qui le garde prisonnier, mais elle ne veut pas qu’il aille jouer avec les autres enfants.
— Pinpon, pinpon
Pierre et Adam jouent avec le camion de pompier.
Malika ne le regarde plus, elle s’occupe d’un bébé. Il s’approche de Pierre et Adam.
Le camion !
Une petite main le pousse. Il tombe, sa tétine glisse sur le sol.
Le camion a disparu derrière Adam, il pointe son doigt vers Julien.
— Non Junain, ‘te’dit !
— Julin sauvage !
D’autres enfants approchent.
— Junian sauvage.
Les enfants le surplombent, leurs voix sont de plus en plus fortes.
Il ne comprend pas ce mot « sauvage », mais il sent leur haine et la peur l’envahir.
Malika le redresse.
— Arrêtez les enfants ! On ne dit pas ça.
Ils rient et continuent.
— Sauvage Julin.
— Méchant Junian.

Chloé

Quiver Tree on hill

Chloé sort de l’ascenseur, pousse les portes battantes qui ouvrent sur l’open space. Le soleil qui inonde la pièce, l’aveugle. Elle est arrivée la première. Elle traverse les rangés de bureaux vides, bercée par le ronronnement de la climatisation.

Elle pose son sac, se dirige vers la machine à Expresso. La capsule de longo forte fait un léger clic, la machine ronfle un temps, puis le souffle de la ventilation remplit à nouveau l’espace.

Elle bascule légèrement son siège. L’odeur du café s’est diffusée dans toute la salle. Le meilleur moment de la journée. Son regard parcourt l’open space, les portes battantes immobiles, les rangées de bureaux imitation bois marron clair, les écrans noirs. Dehors, le ciel bleu est immense, un temps à flâner, pas à s’enfermer ici.

— Bonjour Chloé, ça va, tu as passé un bon week-end ?

Elle répond avec un sourire forcé, termine son café déjà tiède, et se penche sur ses emails.

Les portes s’ouvrent et se referment. Mélissa apparaît, s’arrête à chaque bureau, répétant la même phrase et sans écouter la réponse passe à la personne suivante.

— Bonjour Chloé, ça va ?

Elles se font la bise.

— Très bien et toi ?

— Ça va, on a notre bilat cette après-midi.

Elle déteste cette réunion « bilatérale » avec sa chef.

Elle voudrait s’échapper, fuir ce monde qu’elle trouve absurde. Son regard se pose sur le poster en noir et blanc sous lequel est inscrit « Quiver Tree on Hill (under starlight) ». Sur une petite colline, de gros cailloux irréguliers et très tranchants. Malgré l’aridité, de petits buissons ont réussi à pousser, leurs branchages sont nus, seules quelques épines les protègent. Un peu plus loin, la place laissée entre deux pierres a permis au sol de donner naissance à quelques touffes d’herbe qui ne sont plus, en cette saison, que des poignées de paille. Au centre, se dresse un tronc, massif, pas très haut, mais large et bien stable, son écorce blanchâtre est toute ravinée comme une vielle peau ridée. Les plis du tronc suivent la forme des branches, donnant l’impression d’un immense bouquet taillé par un jardinier céleste. Les branches s’achèvent par des étoiles prêtes à s’envoler pour rejoindre leurs milliers de sœurs qui constellent le ciel de cette nuit d’été.

P HOTOGRAPH BY BETH MOONhttps://www.nationalgeographic.co.uk/photography/2017/11/ancient-trees-around-the-world-and-what-they-tell-us?image=Quuiver-Tree-on-Hill-Under-Starlight-copy

La réunion bilatérale

Chloé et Mélissa sont assises l’une en face de l’autre, leur ordinateur portable ouvert.

Mélissa lève les yeux de son écran.

— Il faut qu’on fasse la roadmap de l’année prochaine.

— Mais on en avril.

— Il faut qu’on identifie ce qu’on va faire, sinon on n’aura pas de budget.

Chloé voudrait lui dire que c’est complétement absurde, que l’équipe a déjà du mal à savoir ce qu’elle va faire au-delà des deux prochaines semaines, mais elle sait que ça ne sert à rien.

— Je te laisse monter une réunion pour qu’on y travaille à plusieurs.

Chloé acquiesce.

— Je voudrais que tu fasses un suivi plus précis du budget…

Mélissa lui montre des indicateurs que Chloé trouve plus fumeux les uns que les autres.

… Je te laisse choisir celui que tu trouves le plus pertinent. On a une présentation la semaine prochaine, on pourra utiliser ces nouveaux graphiques.

Mélissa se lève.

— Ça se passe mieux avec Sophie ?